Se former au design au XXIe siècle

Les écoles supérieures d’art et de design publiques sous tutelle du ministère de la Culture offrent aujourd’hui des formations en design qui rassemblent environ 3700 étudiant·es chaque année dans tout le pays. Elles délivrent des diplômes au grade Licence (DNA – diplôme national d’art), au grade Master (DNSEP – diplôme national supérieur d’expression plastique) et des 3e cycles (post-diplômes, DSRD – diplôme supérieur de recherche en design, doctorats en co-direction avec des universités). Elles s’inscrivent aussi dans des réseaux internationaux d’envergure.

Héritières d’une tradition séculaire, elles conjuguent une multiplicité de savoir-faire historiques et contemporains, le plus souvent en lien avec leurs territoires. Elles sont aussi le lieu où s’est inventée une nouvelle pédagogie du design, à la croisée de l’art et de la société, fondée sur la recherche personnelle, l’expérimentation et le dialogue. Les designer·euses formé·es dans ces écoles par des professionnel·les de l’art et du design sont des créateur·rices éclairé·es, capables d’appréhender une multitude de paramètres dans une démarche de projet inventive et innovante.

Les designer·euses apprennent la relation à la commande, à la production et à l’économie et s’inscrivent dans une démarche de design de transition qui ose questionner et renouveler le modèle social, sociétal et économique actuel.

L’identité et l’histoire de ces écoles façonnent aujourd’hui un paysage pluriel, où toutes les formes du design sont enseignées : design objet, design graphique, design d’espace, design numérique, social ou de services, avec de nombreuses spécialisations.

Nos écoles s’engagent dans l’enseignement non seulement d’un design qui apporte des solutions et accompagne les grandes mutations en cours, mais aussi d’un design prospectif qui pose de nouvelles questions et proposent de nouvelles pistes pour être acteur de la transformation du monde. De nouveaux territoires du design sont explorés pour mieux penser son rôle dans la société de demain, et d’après-demain

++ ASSISES DU DESIGN 11 DÉCEMBRE 2019 ++

Les écoles supérieures d’art et de design

Les écoles d’art sont issues d’une histoire qui a permis de nourrir ce qu’elles sont aujourd’hui. Nées pour la plupart au XVIIIe et XIXe siècle , comme écoles gratuites de dessin ou de peinture, elles ont permis de répondre en parallèle aux besoins d’ornement des bâtis, aux nécessités des industries manufacturières (céramique, verre, tissus…), et de concevoir de nouveaux modèles à chaque fois qu’apparaissaient des techniques nouvelles d’édition, de reproduction, de production. Elles formaient à « la base du savoir-faire indispensable » à tout artiste et artisan et à la création de formes pour l’industrie. Les écoles d’art ont ainsi, dès leur origine, créé un maillage couvrant l’ensemble du territoire, en lien avec le développement des manufactures et des industries nationales et locales.

Les écoles d’art relèvent ainsi simultanément de l’enseignement des beaux-arts et de l’enseignement professionnel. Libres, peu organisées, de petites tailles, ces écoles ont été le laboratoire, à la suite de mai 68, d’une profonde réforme. Conscient de l’impact de l’Art moderne et des Avant-gardes, le nouveau ministère des Affaires culturelles mettait fin au décalage entre les formations artistiques et l’état de la création internationale plaçant l’art et les artistes au coeur de la pédagogie. Il substituait à la tradition de « l’Atelier du Maître », une pédagogie fondée sur la recherche personnelle, l’expérimentation et la collégialité. Il instaurait des enseignements théoriques et décloisonnait des formations jusque-là très professionnelles par des approches expérimentales et libérées de l’académisme, à l’image de ce qu’était devenu l’art lui-même.

Au moment de la naissance de l’ENSCI – Les Ateliers en 1983, dédiée à la création industrielle, la question de l’enseignement du design ré-émerge au sein de l’autre école parisienne, l’EnsAD , et de certaines écoles d’art implantées en région. La pédagogie renouait avec la technique et la production et élargissait au fur et à mesure ses réflexions au-delà du champ strictement industriel. Après avoir apporté de la liberté à ses artistes en formation, l’enseignement du design dispensé en écoles d’art va s’épanouir et transmettra dorénavant à ses futurs designer·euses des capacités à s’inscrire dans de nombreux secteurs de la société et à y élaborer des stratégies de production et d’évolution grâce au design.

Une responsabilité sociétale

Appartenant désormais pleinement au paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche, notre responsabilité d’écoles publiques nous engage à la fois sur les questions environnementales, sociétales et technologiques, mais aussi sur la question de l’enseignement de la création en général, accessible à toutes et tous. L’anticipation du futur par le design, c’est aussi ouvrir nos écoles à la diversité des publics qui accompagneront demain une société en mutation. À l’heure où notre planète doit répondre aux besoins d’une population de plus de 7 milliards d’habitant·es, nos écoles de création participent à la réflexion collective sur son devenir. À l’heure d’une prise de conscience sur l’impérieuse nécessité de repenser une société tournée vers une pluralité de modèles économiques, et vers des demandes de partage, d’humanisme, d’attention à notre environnement, de vie et de rêves, le design a un rôle essentiel à jouer. À l’heure où les frontières économiques et géographiques entre l’industrie, les services et le numérique sont en constante reconfiguration, le/la designer·euse peut accompagner ces transitions de façon réaliste, mais aussi éthique et écologiquement responsable.

Le design en école d’art

L’école supérieure d’art et de design est avant tout un « milieu de création » ancré dans les champs larges de l’art, du design, des techniques et des sciences humaines où les étudiant·es peuvent construire leurs activités et inventer autant de nouvelles formes que de métiers inédits. Elle donne les moyens de la création par l’expérimentation et la recherche en lien étroit avec les professionnel·les et le monde de la création contemporaine. Les enseignant·es sont des professionnel·les reconnu·es en exercice. Tout ceci nourrit un design d’invention pluridisciplinaire qui produit des objets au sens large, un design de la transition, du non-standard, de la complexité, de l’anticipation et de l’engagement ; un design du faire à échelle et économie variable : une capacité à accompagner les projets de société dans leur diversité, en lien avec l’industrie, les métiers d’art, le numérique, les commanditaires publics et privés, et les usager·ères. L’école d’art forme des designer·euses, auteur·rices, éditeur·rices, entrepreneur·euses, manager·euses, chercheur·euses ayant une conscience aiguë des problématiques contemporaines de nos lieux de vie, de nos lieux de travail et de production, du sens à donner, des signes à émettre, d’un monde à partager et à ré-inventer.

Parcours et évaluation

Le design est par nature interdisciplinaire et collaboratif. L’école d’art offre aux étudiant·es ce milieu spécifique qui leur permet à la fois de construire leur personnalité et de travailler en équipe, pour pouvoir s’inscrire dans les nouvelles formes de travail entrepreneuriales, collaboratives et connectées. Chacune des années de formation amène l’étudiant·e à considérer son parcours comme une suite de rencontres, de projets et d’expérimentations, une série d’étapes pour acquérir une autonomie, organisée dans le cadre des modules, studios, ateliers, recherches personnelles, stages, mobilités internationales, alternant des projets en autonomie et en partenariat. L’étudiant·e se confronte au dessin, à la couleur, aux formes, aux volumes, aux technologies, aux matériaux, à l’histoire des arts et des designs, à la société contemporaine, à la construction d’une écriture et au développement de l’oralité. La mobilité nationale des étudiant·es est favorisée par la complémentarité du réseau des écoles supérieures d’art et de design sur le territoire. La mobilité internationale permet aux étudiant·es de développer leurs projets avec d’autres équipes, d’autres milieux. Les stages et périodes de césure les confrontent à la commande et aux relations avec le monde socio-économique (entreprises, collectivités territoriales, associations, musées, centres d’art, fab-labs, incubateurs, etc.).
Cela donne lieu à des spécialisations de niches dans chacune des écoles et génère des échanges qui forment entre elles une sorte de grand campus national hétérogène et complémentaire permettant des projets communs ou des parcours différenciés pour les étudiant·es. En effet, tous les champs du design sont couverts au sein du réseau des écoles : design graphique, design web, design de l’édition imprimée, design d’objet, design d’espace, scénographie, design culinaire, design de l’espace public, design des environnements, design de services, design industriel, design sonore, design textile, bijoux, stylisme, didactique visuelle, design interactif, design numérique, design des interfaces, design de l’ergonomie et de l’expérience utilisateur, design sensoriel, typographie, etc., sans compter les ateliers qui permettent les acquisitions techniques et l’approche de différents matériaux.
Les évaluations se caractérisent par des protocoles et modes de légitimation qui sont ceux du monde de l’art et du design : primat du sensible et de l’expérimentation, appréhension globale et collégiale du parcours de l’étudiant·e, légitimation par les oeuvres et jugement par les pair·es, enseignement de la création par les designer·euses, créateur·rices professionnel·les en exercice. Chaque école d’art et de design développe des spécificités en fonction de ses orientations, des choix de ses équipes pédagogiques, de l’économie de son territoire, des partenariats avec d’autres écoles, organismes ou entreprises. Des accords spécifiques avec d’autres établissements d’ingénierie, d’architecture, d’arts appliqués, voire de gestion, ou avec l’université enrichissent les parcours.

La recherche

Engagées dans des programmes de recherche transversaux qui aliment la pédagogie, en résonance avec leurs spécificités (liées aux mentions, projets et partenariats), les écoles supérieures d’art et de design contribuent à la connaissance et à la production de formes nouvelles. Ce mot « recherche » sous-tend différents modes exploratoires qui vont de la création à la démarche scientifique.
Le premier type est inhérent à la création : « chercher et expérimenter » sont essentiels pour « trouver » une forme nouvelle.
Le second type est la recherche appliquée aux projets de design et conduit à produire des objets complexes assortis de propositions innovantes.
Le troisième type de recherche est celui exercé dans les post-diplômes ; chaque étudiant·e y mène un projet professionnalisant dans une démarche approfondie qui lui permet de développer son expertise future.
Enfin, le dernier type, au sens académique de la recherche, se situe au carrefour de la théorie et de la pratique.Les programmes de recherche en design sont en général regroupés au sein d’Unités de recherche pluridisciplinaires ou de Chaires de recherche appliquée. Ils sont menés par des enseignant·es chercheur·euses qui sont aussi des professionnel·les. Leurs travaux conduisent à des propositions (objets, systèmes, dispositifs, etc.) qui produisent autant de « connaissances formelles » que de connaissances théoriques. Ces recherches font souvent l’objet de partenariats interdisciplinaires (design, ingénierie, architecture, science, etc.) particulièrement fertiles.

Faire évoluer sa pratique

Les écoles sont en veille perpétuelle pour repérer les compétences attendues des designer·euses de demain et proposer un enseignement qui apporte de nouvelles pistes à notre société en transition. La vision globale, la pensée complexe, la fiction, l’imaginaire et la pluridisciplinarité sont au coeur de nos pédagogies et considérées comme des moyens de décloisonner la société en évitant la pensée toute faite. L’école d’art est en cela aux avant-postes de la transformation sociale et sociétale. Si les designer·euses du XXe siècle ont eu souvent pour tâche principale de faire vendre et de faciliter une production industrielle, les designer·euses formé·es en école d’art et de design au XXIe siècle interrogent leurs productions et leurs responsabilités d’auteur·rices. Pour ce faire, l’école d’art ne va pas forcément dans le sens de ce que veut le monde (de l’art, économique, de l’industrie). L’école d’art revendique le hasard, la posture critique et la capacité à dépasser les contraintes et les règles pour répondre aux enjeux des mutations sociales, environnementales et économiques à venir.
Les étudiant·es des écoles d’art apprennent en équipe à inventer les nouveaux scénarios de demain. En lien avec les nouveaux écosystèmes des territoires, ils et elles incarnent désormais des nouvelles formes de travail pluridisciplinaires, dans leur dimension individuelle ou collective, avec pour atout une culture de la création et une capacité à donner forme et une polyvalence technologique. En cela les écoles d’art et de design sont des moteurs pour inventer de nouveaux territoires du design et participer à la transformation de notre monde en transition.

En 1994 Ettore Sottsass, designer italien, disait :
« Le design est une façon de concevoir la vie. C’est une façon de concevoir la société, la politique, l’érotisme, la nourriture, et même le design. Au bout du compte, c’est une utopie figurative ou une métaphore sur la vie. Assurément, le design, pour moi, ne se limite pas à la nécessité de donner forme à un produit plus ou moins stupide pour une industrie plus ou moins raffinée. Si l’on veut dispenser un enseignement quelconque sur le design, le premier des enseignements à donner porte sur la vie et l’on doit insister en expliquant que la technologie est l’une des métaphores de la vie ».

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Au sein du réseau des 45 écoles supérieures d’art et design publiques qui délivrent des diplômes nationaux du ministère de la Culture dans le cadre du LMD

  • 28 écoles dispensent des formations en design
  • sur 34 sites dans 33 villes
  • à travers une vingtaine de spécialités en design dans les domaines suivants : design graphique, design web, design de l’édition imprimée, typographie, design d’objet, design industriel, design sonore, design textile, design de bijoux, stylisme, design d’espace, scénographie, design de l’espace public, design des environnements, design de services, design culinaire, didactique visuelle, design interactif, design numérique, design des interfaces, design de l’ergonomie et de l’expérience utilisateur, design sensoriel…

8000 candidat·es en 1ère année dans les écoles d’art31% de reçu·es en moyenne
12500 étudiant·es dans les 45 écoles supérieures d’art et design
3800 étudiant·es en 1ère année généraliste et environ 8700 étudiant·es en années 2-8

Les étudiant·es se spécialisent généralement à partir de la 2e année :

  • 2000 étudiant·es en design et en communication en 1er cycle
  • 1500 étudiant·es en design et en communication en 2e cycle
  • 180 étudiant·es en design en 3e cycle

donc environ 3700 étudiant·es en design entre les années 2 et 8 (42% des étudiant·es)

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